La Journée Mondiale de L'eau - Un enjeu global

Le 22 mars 2022 aura lieu la 29ème Journée Mondiale de l’Eau instituée par l’ONU. Il reste 9 ans à l’humanité pour muer vers les systèmes durables et justes dépeints par les objectifs inscrits dans l’Agenda 2030. Le 6ème Objectif de Développement Durable invoque le droit à une utilisation responsable et un accès sûr pour tous à l’eau potable et à l’assainissement. Pourtant, près de 2,2 Mrd de personnes n’y ont pas accès directement et 4,2 Mrd n’ont pas accès à un système d'assainissement adéquat. L’évolution du climat ne fait que renforcer la pression sur la ressource en eau initiée par une surexploitation inéquitable. Pourtant, des solutions existent et elles doivent être connues de tous.

Cette journée est l’occasion de les partager et d’aborder le thème officiel 2022, à savoir "Eaux souterraines : rendre visible l’invisible". L’enjeu est de taille, car depuis la surface, la finitude, voire l’existence des nappes phréatiques est invisible, donc aisément oubliée. De plus, le seuil de prélèvement garantissant la capacité de recharge d’un aquifère est mal connu. La perméabilisation progressive des espaces essentiels à sa recharge l’est tout autant. Au-delà de la nécessité d'une meilleure connaissance et protection pour assurer la pérennité de cette ressource, il est essentiel d’en préserver la qualité. Cet enjeu souffre aussi de son manque de visibilité. En effet, l’interconnexion verticale comme horizontale des espaces est souvent négligée et la pollution naturelle ou anthropique est imperceptible sans des efforts de détection techniques.

Selon l’ONU, l’Afrique est le continent le plus touché par le changement climatique. C’est aussi paradoxalement le moins émetteur de Gaz à Effet de Serre et le moins équipé. Si certaines régions enregistrent un usage intensif des eaux souterraines, une grande partie de l’Afrique subsaharienne sous-utilise la ressource par faute de moyens économiques, voire parfois techniques et institutionnels. Si les moyens de mise en œuvre manquent, la volonté locale est au contraire bien vivante. Alors quoi de mieux que d’écouter ceux qui sont directement concernés par ces questions, pour en apprendre plus sur leurs projets. Mettre en lumière leurs actions est le premier pas vers la réunion des potentiels transnationaux. C’est aussi en valorisant la diversité des regards dans les médias, que l’on permet aux solutions adaptées d’émerger.

À l’occasion de la Journée Mondiale de l’Eau 2022, l’ONG Asopaade établie en République Démocratique du Congo et l’association burkinabé SEEPAT Terre des Jeunes préparent un évènement. Ce n’est pas la première fois qu’elles organisent cette célébration dans leur pays respectifs. Nous les avons contactés pour en apprendre plus sur leurs projets.

L’Asopaade a sauté le pas l’an passé, accompagnée par le réseau CNHD-DRC (Congolese Network for Help and Durable Development), dont elle fait partie. Cette année, elle a ciblé trois sites pour célébrer l’événement. Les préparatifs durent depuis octobre 2021 et devraient être bouclés mi-mars. Le coordonateur, Mathias Kaleya, souligne que pour l’heure l’ONG n’a reçu aucun appui, mais que les partenaires qui se manifesteront seront accueillis à bras ouverts. Ces appuis sont à la fois précieux pour la réussite de l’événement et la poursuite des activités et projets qui en découleront.

L’ONG a été fondée pour accompagner et améliorer les conditions de vie des personnes marginalisées dans le Nord-Kivu. Comme le rapporte Mathias Kaleya, la crise de l’eau en RDC se traduit par une absence d’accès direct à l’eau potable pour 65 % à 70 % des ménages. Une tendance que l’on retrouve à la fois en milieu rural et urbain. C’est pourquoi l’Asopaade cherche depuis 2008 les partenaires à même de la soutenir dans la mise en place de projets d’adduction d’eau potable et d’assainissement. Pour reprendre les mots de l’interrogé : « l’arrivée des partenaires financiers et techniques est une grande nécessité ».

Il explique par ailleurs, que lors de la précédente Journée Mondiale de l’Eau, nombre de participants étaient surpris par l’existence de l’évènement. Ils n’avaient pas tous conscience de l’insalubrité de l’eau, ni des conséquences sanitaires induites par son utilisation. La sensibilisation a été efficace, car ils ont ensuite exprimé un besoin urgent d’accès à l’eau potable, pour endiguer la récurrence des maladies hydriques. Ils ont également évoqué la nécessité d’étendre cette sensibilisation au reste de la population et veulent trouver des appuis le plus vite possible. En conséquence, l’Asopaade en partenariat avec le CNHD-DRC a lancé le projet des Ambassadeurs de l’Eau et un projet de rénovation de bélier hydraulique. Les Ambassadeurs de l’Eau tout en enregistrant les besoins locaux, sensibilisent les communautés aux bonnes pratiques et aux futurs projets eau, assainissement et hygiène. Mais là encore Mathias Kaleya souligne la nécessité d’un accompagnement pour poursuivre convenablement le projet. Il évoque notamment le manque de supports visuels explicatifs (livres, guides, documents) ou encore de moyens de transport.
D’après ses observations, les projets entraînent des répercussions très positives sur les communautés. On remarque une réduction importante des maladies liées à l’eau et une amélioration de l’hygiène corporelle. Les distances parcourues pour accéder à l’eau potable sont sensiblement réduites, et par la même occasion les risques de violences dues à la longueur du trajet ou aux trajets nocturnes le sont aussi. Les femmes enfin, trouvent le temps d’entreprendre des activités génératrices de revenus et peuvent scolariser leurs enfants.

L’expérience de l’association SEEPAT (Sauvons l’Environnement, l’Eau Potable et l’Assainissement pour Tous) fait écho à celle de l’Asopaade. Le président du SEEPAT, Hassimi Sanogo, relève que les populations rurales qui ont participé à cet évènement les années précédentes étaient étonnées de découvrir l’existence d’une journée mondialement dédiée à l’eau. Les villageois étaient surtout heureux de voir que leur droit d’accès à l’eau potable était entendu et pris en compte. Cette année encore, c’est dans un village de la région de Bobo-Dioulasso à l’ouest du Burkina Faso que des échanges avec les habitants sont prévus. Les préparatifs durent depuis le mois de janvier 2022 et ils promettent de placer les femmes au centre des discussions sur l’accès à l’eau potable. L’association n’a reçu l’appui d’aucun partenaire dans ce projet pour le moment. Elle prévoit pour l’occasion d’évaluer la corvée d’eau dans ce village.

Depuis sa création, le SEEPAT s’est donné pour mot d’ordre la protection de l’environnement, et l’apport aux populations « de quoi vivre dignement, c’est-à-dire de l’eau potable et des toilettes ». Elle a été récompensée en 2021, lors des Awards de l’écologie de l’Afrique de l’Ouest, pour ses latrines déplaçables et écologiques. L’association a de nombreux projets à son actif dont le projet Eau et assainissement de Sangouléma avec l’association Solidarité Eau Sud et le projet Sanya Ka Yiriwa avec l’association KYNAROU. Comme le rappelle Hassimi Sanogo, l’arrivée de l’eau dans un village est un changement social très important. Il explique en parlant des villageois : « Eux même le disent : rien ne vaut plus que l’eau », puis il ajoute « car l’eau, c’est la vie…Le contraire, c’est la désolation et personne ne souhaite en être témoin ».

Le projet Sangouléma a été proposé par le SEEPAT à l‘association Solidarité Eau Sud dès 2014. Terminé 6 ans plus tard, il a permis au bourg de Sangouléma et à 4 hameaux alentours de bénéficier de nouvelles infrastructures. En tout, 10 pompes à eau manuelles ont été installées sur des puits, 110 latrines familiales et 9 latrines scolaires ont été construites. Pour l’hygiène 4 lavabos scolaires et 76 douches familiales ont été aménagées. Un système de potabilisation de l’eau au forage du Centre de santé de Sangouléma a également été créé. En outre, les capacités des acteurs locaux ont été renforcées en termes de gestion et d'entretien des ouvrages, et d'hygiène et d'assainissement.

Le second projet nommé Sanya Ka Yiriwa, qui signifie en français « Eau et Assainissement pour le Développement », a été mis en place dans 5 villages des communes rurales de Satiri et Koundougou, et dans 36 villages rattachés à la commune de Bobo-Dioulasso. Le projet qui a duré 2 ans entre 2018 et 2021, visait à améliorer les conditions d’accès à l’eau potable, l’hygiène et l’assainissement. Il s’organisait en trois volets principaux, à savoir : l’installation d’infrastructures eau, assainissement et hygiène, le renforcement des capacités des acteurs intervenant dans ce secteur et la sensibilisation à l’hygiène. Ce projet pilote permettra dans les années à venir une réplication du modèle aux communes alentour.

À 9 ans de la fin de l’Agenda 2030, le 6ème Objectif de Développement Durable peine toujours à se mettre en place, notamment sur le continent Africain très touché par le changement climatique. Des acteurs locaux se battent pour assurer le droit à un accès durable et sur des habitants à l’eau potable et à l’assainissement. Pourtant comme les eaux souterraines, leurs projets et leurs besoins souffrent souvent d’un manque de visibilité…

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